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Boom !


Ce billet est la suite de D-DAY // Les tongs dans les étriers


BOOM.
Le choc a bien eu lieu.
Il était magnifique et violent. Comme espéré. Comme redouté.
Le temps de reprendre nos esprits et de trouver quelques minutes de libre, nous voici de retour sur Philingood.fr pour vous donner des news – à notre image – presque fraîches…

Top départ

Lundi, en début d’après-midi, nous sommes donc allés à l’orphelinat de Ba Vi pour rencontrer Philippe.
Accompagnés de Jean et de la famille Audouze (Jean-François, Antje avec leurs deux aînés, Anna et Thaddée), qui viennent ici adopter leur petite troisième, nous avalons les 2h de route qui séparent notre hôtel de Ba Vi.

Ba Vi est un centre de soins situé à dans la région d’Hanoï (Nord Vietnam) qui s’occupe d’enfants abandonnés, de personnes âgées et de jeunes handicapés. A peine arrivés, nous sommes accueillis par la « nurse en chef » qui – après nous avoir laissé le temps de prendre quelques photos pour immortaliser l’instant – nous fait traverser le centre en direction de la pouponnière où nous attendent les enfants. Enfin, surtout les nourrices.
A peine arrivés devant le bâtiment où se trouvent les bébés, nous entendons des cris. Ceux des nourrices d’abord, très excitées de nous savoir déjà là, puis les pleurs des bébés qui nous gratifient d’un hymne d’accueil particulièrement sonore et enfin les vocalises des participants à Giọng Hát Việt (= The Voice of Vietnam) qui braillent dans un coin à travers la TV poussée à plein volume.
Apaisés et sereins (ouarf, les miquettes quoi), nous retirons nos chaussures et entrons dans la pièce.

La rencontre

Alors, c’était bien ?
Oui mais pas que ; comme dirait Robert F, formateur spécialisé en adoption internationale au Conseil Général du Var. (spéciale dédicace aux copains adoptants du Var ;))

Prudents, nous avançons dans une pièce un peu sombre où se trouvent une vingtaine d’enfants disposés sur des tatamis à barreaux. Un premier groupe de 3 nurses, se précipite vers nous, un enfant dans les bras. Nous scrutons ses traits pour contrôler qu’il ressemble bien à la photo de notre Van Quyet qui avait été prise en septembre dernier.

Derrière moi, j’entends : « C’est Zita ! » Antje et Jean-François ont reconnu leur fille qui, effectivement, ne ressemblait pas vraiment au souvenir que nous avions de Philippe 🙂 Un entrechat plus tard, nous laissons passer les nourrices afin qu’elles remettent Zita à la famille Audouze. Ils ont les larmes aux yeux, c’est magnifique. Malgré le voile humide qui noie les miens, je contiens mes larmes pour éviter de laisser s’échapper toutes celles prévues pour Philippe.

Au fond de la pièce, un autre groupe de nurses s’affaire autour d’un bébé. Il tourne la tête, je reconnais les grands yeux noirs de mon fiston que nous contemplons depuis des semaines. Il croise notre regard, rit, puis se retourne.
Les enfants autour pleurent. Nous nous approchons. La nourrice qui le tient dans ses bras, s’approche de nous puis repart. Elle va lui nettoyer le visage et les pieds. Circonspects, nous attendons. Le temps se dilate, les secondes semblent durer des heures. Mes glandes lacrymales sont au bord de l’explosion.

Enfin, la nourrice revient. Dans un anglo-vietnamien savant, elle demande à Aurore si c’est bien elle la maman.
Le sourire large, les yeux bridés par la joie et l’émotion, Aurore acquiesce. Philippe est dans ses bras. Ca y est, plus de doutes, je pleure.

L’instant est de courte durée car Philippe se tortille dans tous les sens et se met à pleurer, lui aussi.
Pour la même cause, pas pour les mêmes raisons. Il comprend ce qu’il se passe, c’est dur pour son petit coeur d’enfant. J’essaye à mon tour de le prendre dans mes bras, lui parler, le rassurer. Je sors de la pièce en le berçant. Il se détend quelques instants puis, à la vue d’une nourrice, reprend de plus belle. Le personnel cherche à nous aider, à aider Philippe, mais il ne se calme pas.

S’ensuit un ballet interminable où Philippe passe de bras en bras ; à celui ou celle qui arrivera à le consoler. Sans succès. Il faut que ça cesse.
Abasourdis, nous récupérons Philippe, enfilons nos chaussures et quittons les lieux. Le plus rapidement possible, en remerciant (trop) hâtivement les nourrices qui ont pris soin de lui jusqu’à ce moment.

Antje, Jean-François et leurs enfants seront héroïques lorsqu’il faudra partir en 4e vitesse de l’orphelinat, accélérer la rencontre avec leur fille, échanger quelques mots officiels avec le directeur de l’orphelinat, nous guider avec sang-froid dans nos premiers gestes et nous rassurer : « c’est tout à fait normal », me dit Antje. Ouf…

Il faudra attendre encore plusieurs longues minutes avant que la porte du taxi ne se referme et que nous repartions, groggy, vers Hanoï. Sans le boire, Philippe s’accroche au biberon de lait que lui donne sa maman et observe courageusement les paysages de la région Ba Vi qui filent devant ses yeux.

Sur le trajet, nous nous repassons le film de la rencontre. Malgré un sentiment mitigé sur la qualité de ce premier rendez-vous (!), plusieurs détails nous sautent aux yeux et nous rassurent :

  • Vu la rapidité, l’agitation et la violence de l’événement, cela pouvait difficilement se passer mieux…
  • Van Quyet en vietnamien signifie « celui qui est décidé ». On imagine très bien pourquoi la personne qui l’a recueilli à l’hôpital de Hanoi lui a donné ce prénom !
  • Philippe était triste de quitter ses nounous à la mesure de l’attention et de l’affection qu’il a reçu de leur part. Cet enfant a été aimé et le personnel de Ba Vi fait manifestement un très bon travail.
  • L’arrachement douloureux à ses nounous est le signe qu’il a déjà été capable de s’attacher et de donner sa confiance à un adulte.
  • Il ne le sait peut-être pas encore mais il le comprendra : tout enfant a besoin d’une famille. Ne pas douter que ceci est en vue d’un plus grand bien, pour lui avant tout.
  • Il va bien falloir que les émotions sortent un moment ou à un autre, autant commencer maintenant !

La deuxième partie de la rencontre peut enfin commencer lorsque nous arrivons dans l’atmosphère tranquille de notre appartement d’hôtel.

Première nuit

A peine arrivés à « la maison », sur les conseils des pédiatres, nous lui donnons le traitement préventif contre la gale. Tout le monde en slip dans la cuisine ! Ca devient drôle 😉

Une couche propre plus tard et son nouveau body enfilé, nous nous asseyons tous les trois sur la moquette et Aurore sort des cylindres colorés à empiler. Ni une ni deux, Philippe les attrape d’une main décidée et commence à jouer avec. Il y jouera 1h30 sans s’arrêter, sans se déconcentrer, sans nous regarder. A notre tour, nous l’observons évoluer patiemment, le coeur traversé de mille émotions indescriptibles. Qui es-tu petit bonhomme ?…

Par mégarde, Philippe laisse échapper un cylindre de sa zone de jeu. Avant même que nous ayons le temps de réagir, il se jette en avant, s’accroupi, pousse sur ses cuisses et se retrouve debout. Il marche !! Bon, ça c’est fait. On y est pour rien mais on est super fiers quand même !

Après la joie de ces premiers pas (pour nous, pas pour lui…), nous enchaînons : 1er dîner (dans un boui-boui au pied de l’hôtel où Philippe scotche sur les mobylettes qui passent dans la rue), 1er bain, 1er pyjama, 1ère berceuse, 1ère nuit… On a un peu l’impression de jouer au papa et à la maman. Et on y met du coeur !

On s’en doutait, Philippe ne s’est pas jeté sous sa couette pour roupiller comme un gros chat.
Pour l’instant, il n’accepte que les bras de papa. Il s’y blottit en pleurant. Je pleure aussi : de joie, d’épuisement, de tendresse, de colère, … je ne sais plus. Il faut que ça sorte.

Son apparent calme depuis le départ de Ba Vi est édifiant de courage et sa force de vie, très visible dans ces premiers moments à trois, nous élève et nous encourage déjà. Merci mon Philippe.

Epuisé, il se calmera peu de temps après et dormira d’une traite jusqu’au lendemain 9h00…

WOW !! Philippe, le décidé, serait-il un enfant modèle qui dort dans son lit, ne se réveille pas la nuit et laisse papa et maman se reposer lorsqu’ils sont fatigués ??!

Attendons demain pour voir la suite… 😉

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